CLASSE DE 1RE + terminale option théâtre, LYCÉE EDMOND MICHELET (ARPAJON)
octobre À décembre 2019
CIE DES PRAIRIES (INTERVENANTS : ALINE GHEYSENS ET ALEXANDRE THÉRY)

Après s’être questionnés sur la notion d’engagement dans l’art et notamment d’engagement physique, nous aborderons cette question du point de vue du danseur et du comédien.

Nous constaterons à quel point la pratique théâtrale et chorégraphique nous engage totalement. Cet engagement est un contrat tacite entre tous, acteurs comme spectateurs, et il nous impose sa loi : jouez le jeu !
Cette règle qui nous oblige, nous, interprètes, ne doit pourtant pas nous inhiber, nous enfermer ou nous pousser vers un surinvestissement physique ou affectif.
En nous appuyant sur le prologue du Porteur d’histoire, pièce d’Alexis Michalik, nous tenterons, à partir d’exercices simples, de nous engager à être présent ici et maintenant.
Ce qui est déjà beaucoup.

 

Carnet de bord de l’atelier (notes d’Alexandre Théry, danseur, intervenant)
Dans un premier temps, nous avons questionné la notion d’engagement.

Pour une grande partie des élèves l’engagement est avant tout une forme de fidélité : fidélité amoureuse, amicale et filiale mais aussi fidélité aux valeurs et modes de vie auxquels chacun d’entre eux choisit d’adhérer.
S’engager serait assumer ses choix, ses goûts et son apparence face aux autres, à travers un processus d’affirmation de soi.
Cette individualisation irait de pair avec l’établissement d’un contrat moral ou chacun d’entre eux s’engage à être et paraître qui il est « vraiment ». Etre fidèle à soi-même en quelque sorte, pour pouvoir développer des relations de confiance et de respect avec les autres.

Ensuite, nous avons évoqué le travail de l’artiste Abraham Poincheval.

Sa démarche interroge les limites et la vulnérabilité du corps et nécessite un engagement physique et psychologique total de sa part.
Les sculptures et les performances de l’artiste, souvent ludiques et poétiques, mobilisent un maximum d’efforts pour parvenir à quelque chose d’extrêmement modeste. Ceci laisse les élèves perplexes : à quoi bon un tel engagement, pour un résultat si dérisoire…
S’engager, d’accord, mais à condition qu’il y ait un résultat, à l’arrivée.
Pour qui ? Pourquoi ? À quel prix ? Pour les élèves, la question de l’investissement est souvent problématique.

Avant de s’engager les élèves veulent savoir où ils mettent les pieds. Ils ont souvent peur de s’engager dans des propositions ou ils ont du mal à percevoir en amont un possible « retour sur investissement ». Ils ont aussi souvent peur de se montrer maladroits, voir ridicules et ainsi abimer leur image devant leurs camarades de classe.
Lorsque les élèves acceptent de jouer le jeu et de s’engager dans une proposition, ils peinent parfois à rester concentrés dans la durée, perdent le fil, s’interrompent, commentent…
Néanmoins, de manière générale, les élèves de ce groupe « option théâtre » sont davantage motivés et engagés que dans une classe traditionnelle.

Muriel Avril, professeur de français et chargée de l’option théâtre, a proposé de s’appuyer sur le prologue du Porteur d’Histoire, pièce d’Alexis Michalik.

Nous avons imaginé une série de tableaux vivants (images gelées) en échos à l’œuvre et au thème de l’engagement. Pour créer une image riche est intéressante, ouverte à de multiples interprétations ou scénarios, chacun devait essayer de trouver une autonomie dans la fabrication collective de cette image. Il fallait éviter de copier, commenter les autres propositions, surligner l’image en cours de fabrication, pour trouver un chemin personnel, le développer et l’assumer jusqu’au bout de l’exercice.

S’engager simplement à « être soi-même », tout en restant dans le cadre de la proposition, m’est apparu comme un écho à leur vision de l’engagement : arriver à être un individu distinct et autonome au milieu et en lien avec les autres.

Nous avons conclu sur l’idée que s’engager pouvait être, dans un premier temps, essayer de trouver un intérêt, une motivation, une curiosité personnelle à chaque étape d’un exercice en cours. Motivation qui ne viendrait pas d’un désir de bien faire en réponse à une consigne, mais plutôt d’une volonté de nourrir une curiosité personnelle. S’engager à ne pas s’ennuyer, d’abord pour soi mais aussi pour un spectateur éventuel. En essayant d’être à ce que l’on fait, ne pourrait-on pas se découvrir un peu différent, ne serait-ce qu’un instant ?