Classe de 2nde artistique, Lycée Edmond Michelet (Arpajon)
mars à avril 2019
Théâtre du Menteur (intervenante : Céline Liger) et Cie des prairies (intervenant : Alexandre Théry)

Après avoir réfléchi ensemble sur ce qu’est un geste, chacun en choisira une série issue de son quotidien. Nous pourrons ensuite construire un enchaînement qui dissociera ces gestes des signes, des paroles et des commentaires qu’ils accompagnent souvent. Comment faire entrer le geste dans la danse, comment prolonger le geste dans tout le corps, comment quitter l’aspect bavard et univoque d’un geste pour aller vers un mouvement sensible et ouvert qui résiste au régime de signification ?

 

 

Récit vidéo : Indiscrétion n°1, réalisé par Céline Liger

 

 


 

Carnet de bord de l’atelier (notes d’Alexandre Théry, intervenant)
Classe de seconde.
Atelier plus porté sur l’espace et le regard.

Pendant les deux premiers ateliers nous avons marché dans la grande salle polyvalente, les yeux grands ouverts, en se regardant, en regardant l’espace entre les corps, en regardant la salle.
Nous avons marché les yeux fermés. Nous avons marché les yeux bandés avec un guide, les yeux bandés sans guide. Nous avons guidé les yeux bandés des voyants. Nous avons suivi des guides la main dans le bas du dos du guide en imaginant que notre main est un œil. Nous avons échangé sur le regard, (dans la danse) comment le regard prolonge le mouvement de la danse ou du geste, comment il donne une direction, une intention, une ouverture. Comment la vue peut aussi nous couper de nos sensations et de nos émotions. Comment donner son regard et accueillir le regard peut être difficile. Comment le regard fabrique la danse. Comment le geste peut donner à voir le temps et l’espace. Comment le point de vue du spectateur fabrique la danse…. Comment la danse est une histoire de regard pour celui qui danse comme pour celui qui regarde la danse.

Pour le troisième atelier nous avons regardé de loin, puis regardé de près, nous nous sommes regardés dans les yeux, nous avons avons effectué des mouvements et des déplacements sans perdre son partenaire des yeux. Nous avons fait une très courte sieste les yeux fermés. Nous avons déplacé des chaises, nous nous sommes tous assis dans des directions différentes le regard face à nous, nous nous sommes mis debout sur nos chaises pour voir plus loin. Nous avons déplacé les chaises en considérant que ce déplacement était une petite danse, puis nous avons cherché chacun un coin, un endroit, un emplacement pour faire corps avec notre chaise. Nous avons fabriqué des paysages faits de corps et de chaises.
Le quatrième atelier : nous nous sommes longuement échauffés en cercle (pas de marche cette fois-ci) puis nous avons manipulé une chaise que nous nous sommes passée en imaginant tout un tas d’usages, d’états, de fonctions que cette non-chaise pourrait avoir. En tout cas ceci n’est pas une chaise. Puis chacun a écrit une petite chorégraphie faite de trois quatre mouvements et déplacements avec sa chaise. Une fois écrite, par groupes de dix, nous avons dansé avec notre chaise au son d’une folia du quinzième siècle interprétée par l’orchestre de Jordi Savall.

Pour le prochain atelier. Nous allons tenter de fabriquer des sculptures « points de vue » Avec des chaises, des tables, et divers objets du quotidien, nous allons fabriquer des sculptures dans lesquelles le corps viendra prendre place comme dans un poste d’observation.
La construction de la sculpture sera envisagée comme une petite danse des objets et des corps, et l’installation des corps dans cette sculpture comme un mode d’emploi de ce poste d’observation. C’est fait.

Classe de première.
Atelier autour du geste. Qu’est-ce qu’un geste dansé ? À quel moment le geste bascule dans la danse ? Le geste est-il bavard ?

Avec cette classe de 1re nous avons travaillé sur le geste et ses possibles déformations dansées. Nous avons travaillé sur la marche, nous nous sommes suivis, nous avons tenté de prendre le pas de notre partenaire. Comment lire le corps de son partenaire, comment tenter de faire corps avec ce dernier. Imiter le geste ou la démarche de quelqu’un est-ce le caricaturer ou le caractériser ? est-ce entrer dans son rythme ? est-ce mettre à jour ses failles *ses maladresses, ses empêchements ? En tout cas le geste c’est souvent ce qui nous fait rougir, nous découvre. Le geste parle pour nous, remet en cause notre parole. Le geste c’est la honte ! Obscène, lourd, maladroit, incompréhensible, chargé de tout un tas de choses que les adolescents (tout le monde) aimeraient bien faire taire. Peut-être que le geste dansé peut nous alléger de tout ces contenus embarrassants de tous ces malentendus ? En mettant le geste à distance, en le vidant de ses significations la danse peut-elle alléger le mouvement ?
le jeu du miroir : face à face on suit chaque mouvement de son partenaire comme s’il faisait face à un miroir.
un unisson à trois : en triangle on suit le mouvement de la personne qui est devant nous, lorsque celle-ci pivote sur son axe elle cède la conduite à la personne qui se trouve momentanément devant elle. L’unisson permet de dépersonnaliser le geste et de le faire entrer dans la danse.

Écrire une petite phrase chorégraphique à partir de quatre gestes : un geste de loisir, un geste domestique, un geste du lycée, un geste de révolte. Comment passer d’un geste à l’autre, comment agrandir, rétrécir, accélérer, ralentir, déformer le geste pour en faire un geste méconnaissable. comment faire passer le geste (ne mobilisant souvent que les mains, les bras et le haut du corps) dans tout le corps. Répéter le geste, le “mettre en boucle” jusqu’à lui faire perdre sa signification initiale, un peu comme on pourrait le faire avec un mot dont on voudrait vider le sens.
Transporter le geste dans différent espaces, choisir la place (le point de vue) d’un public potentiel,
choisir une position à partir de laquelle effectuer ce geste.
Dissocier le geste du regard. Dissocier le geste du visage. Faire que le geste (la plupart du temps mono-orienté) puisse se déployer dans différentes directions. Faire exploser le geste…